Journal du Designer

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L’énergie des nombres impairs dans l’Art Déco

Quel est le lien entre la flèche du Chrysler Building et le chiffre 3 ?

Le style Art Déco est grandiose. Comment pourrait-il en être autrement alors qu’il marque une époque où les limites étaient percées de toutes parts : plus vite, plus loin, plus haut. De ces excès qui devenaient communs, un symbole les unissait : la flèche.

Elle se retrouve dans la pointe du gratte-ciel ou le nez du véhicule profilé. Elle exprime une intention simple : aller aussi loin que porte le regard.

Le style Art Déco exprime dans ses formes la performance transcendée.

Par sa nature triangulaire, la flèche est bâtie autour d’un pilier central. Elle est « 1 ». Puis elle se déploie de façon égale sur ses deux côtés. Elle devient « 3 », ou « 5 ». La flèche est donc, en son âme, une représentation visuelle de l’imparité.

Le regard glisse sur les flancs de la flèche pour, inexorablement, se concentrer en son centre.

Lorsqu’on observe un objet issu de l’Art Déco, il inspire confiance. Tel un geste affirmé, son intention imprime une sensation d’énergie dirigée.

La flèche rassure tel l’acte qui tient sa promesse.

Sans nécessiter d’être représenté, ce symbole s’exprime également dans les nombres : trois colonnes, trois éléments d’une aile, trois étages… Il statufie une émotion, qu’elle soit centrale au design ou qu’elle l’enrobe.

L’Art Déco est un style qui ose, et qui ne craint ni sa propre grandeur, ni son éloquente magnificence.

La couleur, acte de courage

Qui a volé la couleur ?

Voitures, objets du quotidien, façades de bâtiments… un vent esthétique violent l’a balayée de nos regards. J’y vois deux coupables.

La standardisation tout d’abord, et ses considérations économiques. Celle-ci même qui a transformé notre quotidien en un film en noir & blanc. La couleur est devenue une option.

« Pour avoir de la couleur, il me faut réaliser un effort. »

Puis, l’avènement de l’utile au détriment du beau. L’aspect visuel faisait partie du cahier des charges, perçu même comme un levier de différenciation commercial. Désormais, la consensualité ne choque personne, étouffe le risque de voir fuir le client.

« Comment pourrais-je le supporter si je me lassais de la couleur de mes murs ? »

« La couleur revient » titrent les uns après les autres les médias de design intérieur. Leur éditorial semble toutefois la réserver aux audacieux dont seule la personnalité leur permet cette excentricité.

Je pense au contraire que la plupart d’entre nous éprouvent un profond désir, presque sensuel, pour la couleur franche.

S’il est prudent de choisir une palette chromatique sage, alors j’aime le risque.

Si arborer des couleurs vives dans son intérieur est la preuve d’une force de caractère, alors nous ferons des étincelles.

Recolorer nos vies ne dépend pas de l’offre des marques. Elle sera le résultat de la demande des clients.

Face à l’IA, le client choisira

L’IA dans la création, menace ou opportunité ?

« Elle » fait peur. Elle remplace de nombreux métiers, spécialement dans la création, et génère déjà une intense bataille sur les prix. La machine est en marche, inéluctable et implacable.

Pourtant je la vois comme une chance à saisir.

Car l’IA bénéficiera au monde du design, c’est certain, tout comme le surgelé a bénéficié au monde de l’alimentation. L’émotion sensorielle, elle, demeure dans la cuisine d’un chef-cuisinier ou de notre mère. Seule celle-ci est « vraie ». Pure. « Humaine ». Elle ne nous trompe pas.

A l’heure des conservateurs alimentaires, le créateur qui s’affranchit de l’IA est de la même famille philosophique que le bio.

Ainsi, j’en suis sûr, le client – surtout premium – fera la différence. Dans ce domaine, ce sera tout ou rien. Ne serait-ce qu’effleurer l’IA dans son processus de création, et on ne pourra plus se revendiquer « bio ». Pire, qui paye-t-on en réalité lorsque l’IA se mêle à la création ? Quelle que soit votre réponse, ce ne sera peut-être pas celle de votre client.

Ainsi, là où avant il y avait une foule de créatifs, désormais il y aura les créateurs « humains » et… les autres. Un vrai coup de balai dans la création.

C’est le moment de faire un choix. En tout cas, à l’heure de payer, le client le fera.